Interview a Sina Diatta par André Mendy

Venu participer au nom de ses pairs du gouvernement à la grande fête de sortie des initiés, au niveau de la communauté rurale d’Oukout, ce week-end ; le ministre conseiller à la présidence,M. Christian Sina Diatta a accepté volontiers de se prêter à nos questions. Actualité oblige, l’essentiel du débat a tourné autour de l’élection présidentielle du 25 février. En professeur érudit prolixe, il assimile parfois l’entretien à un cours magistral. Entretien.

Bonjour M. le ministre, quelles sont vos impressions par rapport au scrutin présidentiel qui vient de se tenir et au score de votre candidat dans le département d’Oussouye dont vous êtes un responsables politiques ?

Il convient de dire en effet que c’est une coalition autour de la quelle, il y’a eu réalisation d’un score comme celui-là. Dans le département, le score a été assez moyen car tournant autour de 54%. Cela et dû à une chute dans une communauté rurale, celle d’Oukout où nous avons eu 43%. Il faut dire qu’il y’a eu les décès de abbé Diamacoune Senghor et de Adiokal qui ont pu avoir un effet sur cette élection. Mais nous avons fait une campagne de proximité qui a permis aux fils de chaque localité de pouvoir exploiter les enjeux électoraux.

Auparavant, d’aucuns avaient présagé une défaite cinglante du PDS dans le département d’oussouye à cause des querelles de positionnement dont se livraient les différents responsables libéraux locaux, comment la situation a-t-elle été remédiée ?

Mais les populations connaissent leurs ressortissants, elles se polarisent par rapport à ceux qui les représentent le mieux et, elles ne se trompent pas du tout, un individu ne représente pas un parti. Elles savent quels sont ces déviants et qui peut-être ne sont pas à prendre réellement en compte. Elles voient par où passe le véritable message de la coalition. Cela a fait que les populations n’ont pas été déroutées. Nous avons aussi « underground », autrement dit au niveau de la population ; nous avons pu faire passer les vrais messages.Nous avons travaillé depuis longtemps, nous avons pu réunir autour de l’idée que, il fallait avoir une vision globale et pour un développement local conformément au vœu du président A. Wade, et en faisant, nous avons pu raccrocher les leaders de la LD, de AJ & du PS et la pratique a été payante pour le parti au niveau du département.

Votre candidat, Me Abdoulaye Wade avait annoncé à oussouye lors de la campagne électorale son projet de création d’une centrale nucléaire ici à Oussouye et dont vous êtes le chargé d’exécution en votre qualité de physicien, où en êtes alors avec ce projet ?

Non, non, non il ne s’agit pas de la création de la centrale nucléaire à oussouye, le président ne l’a jamais dit ! Le président a parlé de son projet de création d’une centrale nucléaire pour que dans la production d’énergie, au Sénégal, nous puissions parvenir à une sorte de meilleur équilibre d’apport d’énergie selon les différentes sources ; différentes du pétrole, du gaz, ou du charbon. Pour la préservation de l’environnement, le président est très sensible du fait que la communauté internationale opte maintenant pour les centrales nucléaires, qui pour elle, n’émet pas de gaz à effet de serre et il a pris cette option mais le lieu d’implantation de la centrale nucléaire est déterminée par des critères scientifiques et techniques, liés à la stabilité du sol, à l’environnement qui suppose l’existence d’une rivière où on puisse avoir des moyens de refroidissement…

Est-ce qu’il y’a déjà une étude préalable par rapport à ce projet ?
Tout à fait, il y’a eu une étude préalable qui a été faite ; des contacts ont été pris et au titre, avec les firmes internationales, des multinationales qui s’occupent du traitement des déchets. Ce qui fait que le président a pris déjà toutes les garanties pour que son projet puisse être conduit de manière sereine

Peut-on tout de même avoir une idée géographique de l’implantation de cette centrale nucléaire ?

Le lieu d’implantation sera indiqué le moment venu ; on sait à peu prés où ça sera, certainement pas à Oussouye.

Vraisemblablement, nous nous acheminons vers un contentieux électoral du fait que l’un des partis en lice, le Ps menace de saisir le conseil constitutionnel pour dénoncer le manque de sincérité et de transparence a-t-il noté qui aurait caractérisé ce scrutin présidentiel, quelle est votre opinion ?

Si j’ai bien compris le schéma du PS, est purement juridique ; qui consiste à dire, « je vous accuse, apportez la preuve que »…Mais non, je pense au moins pour une fois, le scrutin est basé sur un ensemble de dispositifs techniques par lesquels, il est possible de prouver que ce qu’ils avancent n’a aucun sens. Si le PS a posé tardivement la question de se dire que il faut se poser le problème de validité du scrutin, qu’il le fait exprès, parce que là, nous avons dépassé le premier cap. Le PS n’avait pas tellement élevé la voix ; il l’élève juste entre le moment où il y’a une première validation et la validation définitive. Autrement dit, il a préféré…il risque de forclusion qui serait qu’il aurait élevé la voix et qu’il marque dans l’histoire qu’il aurait contesté. Mais ce n’est pas bon du tout, que, à chaque scrutin, même si la communauté internationale les observateurs sont unaniment d’accord que le Sénégal vient de franchir un pas important d’exercice de la démocratie, qui donne au Sénégal une image de pays modèle, il n’est pas bon que des fils du pays entachent encore l’image du pays en disant qu’il y’a des fraudes massives.

Au vu du gigantesque score que votre coalition a obtenu, score genre plébiscite électoral, certains sont amenés à le déduire à un vote des « djinns « ou score obtenu par logiciel, que répliquez vous ?

Dans l’imaginaire, on peut mettre tout ce qu’on veut. Je n’ai pas vu des livres traiter de politique ou géopolitique avec des »djinés » sur certaines pages. Si cela peut se produire en Afrique ! Peut – être, ils ont été chez les mauvais « djinés » pour qu’ils puissent réussir. Mais moi personnellement, je n’ai pas vu un de mes collègues aller chez quelqu’un ou invoquer des « djinés » ou autres. Et que dans les salles puisqu’on a voté en plein jour, des salles aient reçu l’apparition des « djinés ».

Que répondez vous de ceux qui parlent de l’opacité du fichier électoral ?

Mais chaque pays, lorsqu’il est souverain a nécessairement des références qui sont confidentielles. Il n’y a pas un pays au monde qui puisse mettre ouvertement tous ces dossiers à la disposition de la communauté internationale. Nous sommes quand même un pays souverain qui a une certaine identité un certain secret d’Etat que nous devons forcément conserver. Si cela ne devait pas être, alors, on a qu’à supprimer : les services de renseignement, la police, l’armée…et rendre le Sénégal complètement transparent. Je pense que ce n’est pas responsable que de vouloir étaler sur la place publique n’importe quel dossier. Ils avaient suffisamment d’éléments techniques d’analyse du fichier électoral pour conclure et ils n’ont pas conclu qu’ils n’allaient pas aux élections parce que le fichier est opaque en tant que tel. Ils ont dit que ils ont une « boite noire » quelque part qui serait opaque. Ils appellent boite noire, je ne sais pas si c’est ainsi que c’est appelé au niveau du ministère de l’intérieur ; c’est leur qualification. Mais je pense qu’il ne faut pas que les politiciens se trompent de langage lorsqu’ils traitent des questions techniques comme celles-ci, puisque avec la numérisation d’une façon progressive, le Sénégal donnera de plus en plus de lui-même un visage différent.

(Propos recueillis par André Mendy)